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Dentiste influenceur : ce que l'Ordre autorise, et ce qui fait basculer en faute

Être dentiste influenceur n'est pas interdit en soi. L'Ordre répond par oui, par oui sous condition, ou par non, selon des procédés précis. Cet article donne la grille, les deux points que presque personne ne mentionne, et la liste de contrôle à passer avant de publier une vidéo.

Blog DeveloppIA · Publié le · 7 min de lecture

L'expression « dentiste influenceur » inquiète les praticiens. Pourtant l'Ordre y a répondu noir sur blanc, et sa réponse n'est ni oui, ni non. Elle tient en trois cas, et elle bascule dès qu'un procédé précis apparaît.

Cette grille figure dans la Lettre de l'Ordre n° 196, de mars 2022. Elle est très peu reprise. Nous la donnons telle qu'elle se lit, avec les deux points que presque personne ne mentionne : un compte privé qui sert à passer des informations professionnelles est traité comme un compte professionnel, et la loi du 9 juin 2023 sur l'influence commerciale s'applique en plus du code de déontologie.

Une précision d'honnêteté : la liste de procédés donnée plus bas réunit plusieurs passages de la Lettre 196, la fiche pratique et les situations consacrées à l'influenceur et au vidéaste. Ce n'est pas une liste unique du document.

La grille de l'Ordre pour un dentiste influenceur, en trois cas

L'Ordre distingue trois situations, et une seule est fermée sans condition.

SituationRéponse de l'OrdreCe qui la conditionne
À titre strictement privé, hors du champ de la professionOuiLe droit commun reste applicable, notamment la loi sur l'influence commerciale
À titre professionnel, en lien avec le domaine dentaireOui, sous condition« L'activité devra être circonscrite à la diffusion d'informations sans lien ou rattachement possible avec son exercice professionnel », sans publicité pour un tiers ni pour une marque
À titre professionnel, avec l'un des procédés listés plus basNonAucune précaution ne rattrape le procédé

La condition du deuxième cas se comprend mal. Elle ne porte pas sur le sérieux du contenu, mais sur le lien avec votre cabinet. Un contenu d'information sur une pathologie ou sur la prévention tient. Le même contenu qui devient un chemin vers votre salle d'attente ne tient plus.

Cette lecture rejoint l'article R.4127-215-1 du code de la santé publique. Le praticien « est libre de communiquer au public, par tout moyen, y compris sur un site internet », mais sa communication doit rester loyale et honnête, et elle « ne fait pas appel à des témoignages de tiers ». Nous avons détaillé cette ligne dans notre guide sur ce que l'Ordre autorise sur un site de dentiste.

Les procédés qui font basculer en faute

Huit procédés font passer un dentiste influenceur du côté du non, selon la Lettre 196. Ils portent sur le contenu et sur son financement, jamais sur la plateforme utilisée.

  • les placements de produits dentaires ;
  • tout contrat passé avec des marques ;
  • toute rémunération liée au nombre de vues ou d'abonnés ;
  • la publicité personnelle, et la publicité pour sa structure de soins ;
  • toute orientation de la consommation dentaire ;
  • la mise en scène entre vie privée et vie professionnelle ;
  • la recherche du sensationnel ;
  • le dénigrement d'autres pratiques.

Deux de ces lignes méritent qu'on s'arrête. La quatrième vise le praticien lui-même : vanter son propre cabinet est rangé du même côté que vanter une marque. La sixième contredit un conseil que le marché recommande, celui des contenus de coulisses qui mêlent la vie du cabinet et la vie personnelle.

S'ajoute une interdiction qui pèse lourd en vidéo : l'article R.4127-225 interdit « toute publicité intéressant un tiers ou une entreprise industrielle ou commerciale ». La Lettre de l'Ordre n° 209, du 10 novembre 2023, range parmi les manquements les marques visibles de produits ou de dispositifs médicaux dans une vidéo. Une boîte d'aligneurs posée derrière vous suffit à poser le problème.

Votre compte personnel ne vous protège pas

Un compte privé qui sert à passer des informations professionnelles est traité comme un compte professionnel. La Lettre 196 le dit deux fois.

La conséquence est simple : le réglage de confidentialité ne change rien à votre situation devant l'Ordre. Ce qui compte est la nature de ce que vous publiez, et le lien possible avec votre exercice. Un compte au nom d'une personne, sans le nom du cabinet, qui explique des soins, reste une communication professionnelle.

La Lettre 209 ajoute un autre manquement : la « redirection plus ou moins évidente vers le lieu d'exercice de l'influenceur ». Le mot important est « évidente » : il n'est pas nécessaire d'écrire l'adresse du cabinet pour qu'un contenu soit une redirection.

La loi du 9 juin 2023 s'applique en plus du code

La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 encadre l'influence commerciale. Elle vise les personnes qui, « à titre onéreux, mobilisent leur notoriété auprès de leur audience » pour diffuser des contenus vantant des biens, des services ou une cause. Un praticien payé par une marque entre dans cette définition, sans quitter pour autant le code de déontologie.

Cette loi impose alors une mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale », qui doit être « claire, lisible et identifiable sur l'image ou sur la vidéo, sous tous les formats ». D'où une contradiction : la mention exigée par la loi est la preuve même du manquement au code. Un contenu conforme à cette loi est, pour un chirurgien-dentiste, un contenu qui s'affiche comme de la publicité pour un tiers.

La même loi impose la mention « Images virtuelles » quand l'image diffusée est produite « par tout procédé d'intelligence artificielle visant à représenter un visage ou une silhouette ».

Ce que l'Ordre a fait, et quand

L'Ordre est passé de la pédagogie aux plaintes en moins de deux ans. Voici les dates, sans barème de sanctions : aucune source publique n'en donne.

  1. Mars 2022 : la Lettre 196 publie la fiche de décision et les situations d'influenceur et de vidéaste.
  2. Juin 2023 : la loi sur l'influence commerciale entre en vigueur, en plus du code.
  3. Novembre 2023 : la Lettre 209 détaille les manquements constatés et indique que « des plaintes ont été formées ».
  4. Décembre 2025 : la Lettre 226 alerte sur les reportages achetés et rappelle que « si le décret de décembre 2020 a bien élargi les possibilités de communication des chirurgiens-dentistes, en aucun cas elle n'a ouvert la possibilité de faire de la publicité ».

Cette citation est reproduite avec l'orthographe de l'Ordre. Le support visé en décembre 2025 était la télévision, et l'Ordre n'y nomme aucune société prestataire. Les recommandations du Conseil national sur la communication professionnelle complètent ces lettres, et l'article R.4127-215-1 III oblige la communication du praticien à en tenir compte.

La liste de contrôle avant de publier une vidéo

Sept points se vérifient avant toute mise en ligne, dans cet ordre.

  1. Aucun patient identifiable : le visage doit être flouté, même si le patient donne une autorisation expresse de diffusion de son image.
  2. Aucune radiographie, photographie ni capture d'écran permettant de reconnaître une personne.
  3. Aucune marque visible de produit ou de dispositif médical dans le champ de la caméra.
  4. Aucun contrat, aucun échange de matériel, aucune rémunération liée aux vues ou aux abonnés.
  5. Aucune accroche sensationnelle, aucune mise en scène entre vie privée et vie professionnelle.
  6. Aucun témoignage de patient, aucune note, aucune étoile affichée.
  7. Validation écrite du praticien avant publication, car c'est lui qui répond devant l'Ordre.

Le premier point est le plus strict. Le secret professionnel, posé par les articles R.4127-206 et R.4127-208, est un principe dont le patient ne peut pas délier le praticien.

Informer sans devenir influenceur

La sortie de ce dilemme n'est pas de se taire, c'est de séparer l'information de l'influence. Un compte qui informe décrit des soins, des étapes, des durées et des suites. Un compte d'influence cherche une audience, puis la convertit.

Nous travaillons Instagram comme réseau principal, le réseau où se trouve votre patientèle. En juin 2026, Instagram rassemble 45,3 millions de visiteurs uniques dans le mois en France, sur une base de la population de 11 ans et plus (Médiamétrie et Médiamétrie//NetRatings, juin 2026). Sur une Page Facebook, nous publions une photo ou un texte accompagné d'un lien.

Notre engagement de service est de produire deux vidéos verticales sous-titrées et trois publications écrites par semaine, où c'est le praticien qui parle, avec sa vraie voix. C'est un engagement de production, pas un résultat : nous n'avançons aucun chiffre d'abonnés ni de portée.

Du côté du praticien, le travail se compte en tâches. Un mémo vocal de trente à quarante secondes par vidéo, sur un texte que nous préparons. Une relecture de validation par publication. En comptant large, cela fait quelques minutes par semaine. Ce total est une addition de tâches, pas un temps relevé au chronomètre sur un mois complet : le jour où nous le mesurerons, nous écrirons la mesure et sa date.

Trois choses nous engagent, et elles sont vérifiables ligne à ligne. Nous citons les textes, articles du code, recommandations et Lettres de l'Ordre, avec le lien vers la source. Nous disons aussi ce qui n'est pas écrit : la publication payée n'est nommée dans aucun texte de l'Ordre, son interdiction se déduit de l'interdiction du commerce et des supports admis. Et aucune publication ne part sans votre validation écrite. Le détail est sur notre page réseaux sociaux du cabinet dentaire.

Reste la question de fond, ce qui est permis pour se rendre visible : elle se traite levier par levier dans notre article sur la publicité interdite aux dentistes et les leviers autorisés. Et avant de présenter votre parcours face caméra, relisez les mentions que vous avez le droit d'afficher, titres et diplômes : les formules imposées par l'Ordre valent aussi à l'oral.

À lire ensuite

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande sur ce sujet.

Un chirurgien-dentiste peut-il tenir un compte suivi par des patients ?

Aucun texte ne se prononce sur l'existence ni sur le contenu d'un compte de cabinet. Voici notre lecture prudente, que nous présentons comme telle et non comme une autorisation de l'Ordre : un compte qui informe est tenable, un compte qui cherche l'audience et le trafic vers le fauteuil est proscrit. La ligne de partage est l'intention commerciale, pas la plateforme.

Un dentiste peut-il être payé par une marque pour une vidéo ?

Non. Tout contrat avec une marque et toute rémunération liée aux vues ou aux abonnés figurent parmi les procédés que la Lettre 196 range du côté du non. L'article R.4127-225 interdit par ailleurs « toute publicité intéressant un tiers ou une entreprise industrielle ou commerciale », et les recommandations du Conseil national y rattachent le fait d'« effectuer un lien vers le site internet d'une société commerciale ».

Un compte privé met-il le praticien à l'abri ?

Non. Un compte privé qui sert à passer des informations professionnelles est traité comme un compte professionnel, et la Lettre 196 le dit deux fois. Le réglage de confidentialité ne change donc rien : c'est la nature du contenu et le lien possible avec votre exercice qui décident.

Et maintenant

Parlons de votre cabinet.

Le plus simple est de demander votre diagnostic : vous verrez votre place réelle sur Google, sur la carte et dans les IA, et nous la commentons ensemble en visio.

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